vendredi 21 décembre 2018

Entrée


Territoires : de l'Empire au village

par 

Jacques Richard


ENTRER

Dernière publication : 21 décembre 2018

Blog créé le 22 février 2014





Questions d'histoire



ENTRER


Dernière publication : 7 décembre 2018

Blog créé le 29 novembre 2015




















































74. Le toponyme Equoranda 3. Liste des occurrences (Belgique et Luxembourg)

Quelques informations sur le toponyme « Ingrandes » et ceux qui lui sont apparentés étymologiquement ou lexicalement


Classement : toponymie ; Belgique, Luxembourg




Ceci est une suite de la page Le toponyme *Equoranda (Ingrandes).
On trouvera ci-dessous une liste des occurrences (certaines, probables ou hypothétiques) de ce toponyme, établie à partir de différents ouvrages, en ce qui concerne la Belgique et le Luxembourg (pour la France, voir la pagLe toponyme *Equoranda 2. Liste des occurrences (France).

Sommaire de la page précédente
*Présentation
*Sources
*Historique de la page
Sommaire de la présente page
*Références aux ouvrages utilisés
*Présentation des notices
*Liste des occurrences
Liste B : Belgique et Luxembourg

Références
B : Roger Brunet, Trésors du terroir, 2016
Go : Xavier Gouvert, Les noms de lieux du Roannais (thèse, 2008, lien, notamment
2.5.2.4. Noms de stations routières et de postes frontières, pages 859-862, carte page 862)
F : Stephan Fichtl, Les Peuples gaulois, 2002 (page 42, carte)
Gd : Christian GoudineauRegards sur la Gaule, 2007 (page 298)
R : Charles RostaingLes Noms de lieux, 1969 (pages 41-42)
D : Roger Dion, Les Frontières de la France, 1947 (pages 33 à 39)
Lb : Paul Lebel, « Où en est le problème d'*Equoranda, *Equaranda ? », 1937 (pages 145-203) ; cet article fournit une liste de 121 occurrences étudiées de façon détaillée (pages 176-202), numérotées de 1 à 121, numéro mentionné dans la liste ci-dessous [disponible sur Persée, lien]
V : Jules Vannérus, « Enquête sur les anciens Equoranda du Luxembourg belge », 1936, pages 5-11 [disponible sur NEPTUN, lien]
L : Ferdinand Lot, « Encore Iguoranda », 1924, pp. 125-129 [disponible sur Persée, lien]
L' : Ferdinand Lot, « Nouveaux exemples d'Igoranda », Romania, 1919, n° 179-180, pp. 492-496 [disponible sur Persée, lien]
P : apports personnels
Liens particuliers : renvoi vers des pages Internet attestant l'existence d'un toponyme en l'absence de référence cartographique.

Présentation des occurrences
Les occurrences (dérivés de *equoranda, de *randa, de fines, et de quelques autres toponymes relatifs aux limites) sont présentées dans l'ordre des départements où elles se trouvent (plus quelques occurrences en Belgique et Luxembourg).
Chacune fait l'objet d'une notice indiquant : la ou les références aux sources, la localisation (commune, arrondissement, canton), la cartographie disponible (s'il ne s'agit pas d'une commune), la situation (par rapport aux réseaux urbain et routier), la caractéristique (position par rapport à une limite de département), l’interprétation.
Certaines occurrences citées par un auteur n'ont pas encore été localisées sur une carte disponible.

Cartographie
Lien avec Google Maps ; si le toponyme n'apparaît pas sur la carte Google, j'indique une page attestant la présence du toponyme dans la commune cartographiée (mention : "site particulier").

LISTE B (BELGIQUE ET LUXEMBOURG)
BELGIQUE
la Géronne
Références : V9, Lb111, lien particulier  
Formes anciennes : non
Localisation : nom d'un ruisseau affluent de la Sûre, confluent près de Volaiville dans la commune de Léglise (province de Luxembourg, arrondissement de Neufchâteau) 
Cartographie : Google Maps (lien)
Situation : ?
Caractéristique : source à la limite des anciens diocèses de Trèves et de Liège
Interprétation : limite entre Trévires (Trèves) et ?

Girondelles
Référence V7, Lb86
Formes anciennes : Lb : Girondelle (1377)
Localisation : nom d'une rue de la commune de Couvin (province de Namur, arrondissement de Philippeville) ; selon V et Lb : nom d'un cours d'eau, affluent dans cette commune de l'Eau Noire (affluent du Viroin, affluent de la Meuse) 
Cartographie : Google Maps (lien
Situation : 25 km au sud de Charleroi, 10 km au nord-est de Charleville
Caractéristique : commune limitrophe de la France
Interprétation : ?
Note : selon Lebel, Couvin était à 6 km de la limite entre les diocèses de Reims et de Liège

Guéronde

Références : V7, Lb84, lien particulier  
Formes anciennes : V : à le Ghieronde (1466 = à l'Eghieronde)
Localisation : quartier de la commune d'Antoing (province du Hainaut) (anciennement hameau à la périphérie de Tournai) 
Cartographie : Google Maps (lien)
Situation : à 3 km au sud-est de Tournai
Caractéristique : sur l'Escaut, limite entre les anciens diocèses de Tournai et de Cambrai
Interprétation : ?

Ha(d)rennes
Référence : Lb98
Localisation : lieudit du quartier de Vinalmont, commune de Wanze (province de Liège, arrondissement de Huy)
Cartographie : Google Maps (lien)
Situation : non loin de la Meuse, à 20 km au sud-est de Liège
Caractéristique : ?
Interprétation : ?
Note : selon Lebel et Vannérus, le toponyme Hadrennes ne peut pas être retenu.

Hareng (Herstal)
Référence : Lb99
Formes anciennes : Lb : Haren (1180), selon Vannérus, anciennement Harende (car une route en direction du village portait le nom de Hardisse voye)
Localisation : quartier de la commune de Herstal (province et arrondissement de Liège)
Cartographie : Google Maps (lien)
Situation : sur la Meuse, à 3 km au nord-est de Liège
Caractéristique : 
Interprétation : ?

Hareng (Jemmepe-sur-Meuse) 
Référence : Lb100
Formes anciennes : non
Localisation : lieudit du quartier de Jemmepe-sur-Meuse, commune de Seraing (province et arrondissement de Liège) [selon Lebel, ce lieudit renvoie à une section des charbonnages de Kessales, lien]
Cartographie : Google Maps (lien)
Situation : sur la Meuse, à 5 km au sud-est de Liège
Caractéristique : ?
Interprétation : ?

Hérande
Référence F, V8, Lb96, lien particulier  
Formes anciennes :
Localisation : lieudit (ferme) de Saint-Gérard, quartier (ancienne commune) de la commune de Mettet (province et arrondissement de Namur)
Cartographie : Google Maps (lien)
Situation : ?
Caractéristique : anciennement à la limite des doyennés de Fleurus et de Florennes
Interprétation : ?

Herent (lez-Louvain)
Références : Lb101 (Herent-lez-Louvain)
Formes anciennes : Lb : Herenth (1140)
Localisation : province du Brabant flamand, arrondissement de Louvain
Cartographie : Google Maps (lien)
Situation : au nord-ouest de Louvain
Caractéristique : selon Lebel, à la limite des anciens diocèses de Liège et de Cambrai
Interprétation : ?

Herent (Neerpelt)
Références : Lb102
Formes anciennes : Lb : Heernt (1360)
Localisation : quartier de la commune de Neerpelt (province du Limbourg, arrondissement de Maaselk)
Cartographie : Google Maps (lien)
Situation : 40 km à l'est d'Anvers
Caractéristique : selon Lebel, à la limite du pagus de Toxandrie et de Meuse moyenne (??)
Interprétation : ?

Héron 
Références : V8, Lb97
Formes anciennes : Lb : Héran (1136), 
Localisation : province de Liège, arrondissement de Huy
Cartographie : Google Maps (lien)
Situation : commune proche de la Meuse, entre Namur (15 km à l'ouest) et Liège (30 km à l'est) ; aussi traversée par une route dite « Chaussée de Wavre » (en direction de Bruxelles) 
Caractéristique : ?
Interprétation : ?

Huerande

Références : V7, Lb91
Forme attestée en 127
Localisation : ancien lieudit (bois) proche de Torgny (commune de Rouvroy, province de Luxembourg, arrondissement de Virton)
Cartographie : Google Maps (lien)
Situation : pas très loin de Marville (Meuse)
Caractéristique : commune limitrophe de la France (Meuse)
Note : ancienne limite entre deux doyennés du diocèse de Trèves (Longuyon et Juvigny)
Interprétation : ?

LUXEMBOURG
Hehrend
Références : V7, Lb92
Formes anciennes :
Localisation : ancien lieudit de Tétange, quartier de la commune de Kayl (canton d'Esch-sur-Alzette) 
Cartographie : Google Maps (lien)
Caractéristique : Kayl était une paroisse du diocèse de Trèves, limitrophe du diocèse de Metz
Interprétation : limite entre Trévires (Trèves) et Médiomatriques (Metz)

Hierent
Références : V7, Lb93
Formes anciennes : V : Herenth (1695)
Localisation : ancien lieudit de Welscheid, quartier de la commune de Bourscheid (canton de Diekirch) 
Cartographie : Google Maps (lien)
Caractéristique : près de l'ancienne limite entre les diocèses de Trèves (paroisse de Bourscheid) et de Liège (paroisse de Wiltz)
Interprétation : limite entre Trévires (Trèves) et ?

Herelter Bach
Références : V7, Lb94
Formes anciennes : non
Localisation : nom d'un ruisseau de la commune de Putscheid (canton de Vianden) 
Cartographie : Google Maps (lien)
Caractéristique : sur l'ancienne limite des diocèses de Liège (paroisse de Stolzembourg dont faisait partie Putscheid) et de Trèves (Landscheid, Fouhren, Roth)
Interprétation : limite entre ? et Trévires (Trèves)

Références de Lebel non détaillées ci-dessus
Items :
*114 : Es Gauhirondes, commune de Vielsalme, Belgique
*115 : Ol Héronde/Li Héronde, commune de Vielsalme, Belgique
*118 : Auf Horrend, commune de Fauviller, Belgique



Création : 21 décembre 2018 (scission de la page Le toponyme *Equoranda 2. Liste des occurrences
Mise à jour : 
Révision :
Auteur : Jacques Richard
Blog : Territoires
Page : 74. Le toponyme Equoranda 3. Liste des occurrences (Belgique et Luxembourg)
Lien : https://jrichardterritoires.blogspot.com/2018/12/le-toponyme-equoranda-3-liste-des.html







vendredi 7 décembre 2018

QH 43. Du royaume de Pologne à la République de Pologne (1918)

Quelques remarques sur la formation de la Pologne en 1918 à travers un article de la revue L’Histoire


Classement : Première Guerre mondiale ; Pologne


* Alexandra Viatteau, « 1918 La renaissance de la Pologne », L’Histoire, novembre 2018, page 13, paragraphe 1

L’auteur
Alexandra Kwiatkowska-Viatteau, née en 1948 à Cracovie, réside en France depuis 1957 ; études à l’IEP de Paris ; doctorat à la Fondation nationale des sciences politiques.

Texte
Notes (en bas de page)
*Dmowski
*Pilsudski
*Paderewski (non cité par le texte)
*Comité national polonais
*Conseil de régence

Commentaire
Sans doute pour des raisons pédagogiques, ce passage simplifie les choses, mais de façon excessive, parce que, notamment, un élément important reste inexpliqué : « le Conseil de régence ».
En première approche, ce conseil de régence concerne un Etat appelé « royaume de Pologne » (Königreich Polen), créé par accord entre l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie, sans qu’un roi soit désigné : d’où la nécessité d’une régence.
Ce royaume, géopolitiquement dû à la situation sur le front de l’Est, n’est sans doute pas sans liens avec le royaume de Pologne (Krolestwo Polskie) dit « Royaume du Congrès », établi en 1815 par le Congrès de Vienne, dont la couronne avait été dévolue à Alexandre 1er, empereur de Russie et « roi de Pologne », et à ses successeurs, occupé par les Puissances centrales depuis 1915.
En particulier, il faudrait examiner les frontières que les Austro-allemands voulaient attribuer au nouveau royaume (point à approfondir).
D’autre part, il faut rappeler que le royaume de Pologne de 1815 avait conservé le Code civil du duché de Varsovie, c'est-à-dire le Code Napoléon adapté au duché ; que par la suite, ce code avait été amendé, mais était encore en vigueur au début du XX° siècle sous le nom de « Code civil du royaume de Pologne » (cf. volume édité à Varsovie en 1914), dernier élément officiel différenciant le royaume de Pologne de la Russie.
Notons que dans ce Code civil, une réforme de 1825 avait établi des règles nouvelles (par rapport au Code Napoléon) en matière de nationalité : l’article 9 donne les conditions qui font d’un habitant du royaume un « Polonais, sujet du royaume de Pologne » ; cet article était toujours présent en 1914.
Cela devrait inciter à tenir compte de l’existence de ce royaume de Pologne du XIX° siècle, même si la Russie a essayé de l’occulter de 1865 à 1905, même s’il ne s’agissait que d’un avatar assez limité de l’ancien Etat polonais, et à ne pas écrire une phrase aussi catégorique que « alors que l’Etat polonais était rayé de la carte depuis les partages de la fin du XVIII° siècle ».

Notes
*Roman Dmowski (1864-1934) : cofondateur du Parti national-démocrate en 1897, principal parti polonais représenté à la Douma (russe) de 1905 ; fondateur du Comité national polonais de 1914, puis, avec Ignace Paderewski de celui de 1917 ; membre de la délégation polonaise à la conférence de la paix ; ministre des Affaires étrangères en 1923 ; partisan d’une Pologne ethniquement homogène (il était par ailleurs antisémite) ; partisan de l’alliance russe (puis soviétique) ; opposant à Pilsudski à partir de 1926
*Joseph Pilsudski (1867-1935) : militant révolutionnaire, adhérent du Parti socialiste polonais en 1893 ; fondateur de l’organisation paramilitaire du PSP en 1904 ; participe au conflit avec ses « légions polonaises » en combattant la Russie dans le cadre de l’armée austro-hongroise ; obtient la proclamation austro-allemande de novembre 1916 sur l’indépendance de la Pologne ; la Russie paraissant battue, il rompt en juillet 1917 avec les Austro-allemands, est emprisonné ; il est libéré le 8 novembre 1918 et revient à Varsovie ; ses partisans (Ignace Daszynski, 1866-1936) créent un gouvernement provisoire à Lublin ; le 11 novembre 1918, il est nommé par le Conseil de régence chef des forces armées et chargé de former un gouvernement provisoire ; il proclame l’indépendance de la Pologne ; nomme Jedrzej Moraczewski (1870-1944) chef du gouvernement ; est reconnu comme « chef de l’Etat » (Naczelnik Panstwa) le 22 novembre ; il s’accorde au début de 1919 avec Paderewski, nommé chef du gouvernement en janvier.
*Ignace Paderewski (1860-1941) : musicien, soutien important de la cause polonaise à partir de 1910 ; fondateur du « Comité de secours aux victimes polonaises de la guerre » en 1914 (en Suisse) ; à partir de 1917, représentant aux Etats-Unis du Comité national polonais de Dmowski ; rentre en Pologne à la fin de 1918 et intervient directement à Poznan ; nommé ministre des Affaires étrangères et chef du gouvernement en janvier 1919 ; négocie le traité de Versailles pour la Pologne ; quitte le gouvernement en décembre 1919.
*Comité national polonais : le texte permet de comprendre de quoi il retourne. Cependant les choses sont un peu plus compliquées : un premier Comité national polonais (Dmowski, Wielopolski) avait été créé en 1914 pour marquer l’appui de certains Polonais aux Alliés (y compris la Russie), en opposition au PSP de Pilsudski (pro-autrichien) ; en 1917, l’effondrement politique de la Russie provoque des changements importants : création d’une armée polonaise en France ; rupture de Pilsudski avec les Puissances centrales ; autodissolution du Comité. Cependant Dmowski en recrée peu après un nouveau à Lausanne (avec Paderewski) ; ce comité est reconnu comme gouvernement provisoire polonais par la France dès 1917, par le Royaume-Uni en 1918.
*Conseil de régence : ce point est beaucoup plus important et mérite un minimum d’explications. Dès avril 1915, l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie occupent l’ouest du royaume de Pologne (selon la définition du Congrès de Vienne) ; leur occupation s’étend au cours de l’été plus à l’est, atteignant Varsovie, puis, au-delà des frontières du royaume, Wilno (août 1915), Nowogrodek, Pinsk… Le royaume de Pologne est alors partagé en deux zones d’occupation : les Gouvernorats généraux de Varsovie (Allemagne) et de Lublin (Autriche-Hongrie). Les tractations entre les dirigeants allemands et autrichiens aboutissent à l’idée de créer un Etat polonais indépendant sous leur tutelle, avec lui aussi la dénomination de royaume de Pologne (Königreich Polen).
Cette création est annoncée par le biais d’une déclaration du gouverneur général allemand le 5 novembre 1916 ; un d’un projet de constitution est publié le 15 novembre. En 1917, est installé un Conseil de régence (12 septembre) formé d’indépendantistes polonais conservateurs pro-allemands ainsi qu’un Conseil des ministres. La question des frontières n’est pas officiellement réglée.
Au traité de Brest-Litovsk (3 mars 1918), la Russie soviétique reconnaît l'existence de cet Etat. L’effondrement militaire de l’Allemagne et de l’Autriche en octobre-novembre 1918 amène le Conseil de régence à remettre à Pilsudski ses pouvoirs militaires (11 novembre), puis civils (14 novembre), ce qui met fin à son existence.



Création : 8 décembre 2018
Mise à jour :
Révision :
Auteur : Jacques Richard
Blog : Questions d’histoire
Page : QH 43. Du royaume de Pologne à la République de Pologne (1918)
Lien : https://jrichardterritoires.blogspot.com/2018/12/du-royaume-de-pologne-la-republique-de.html







jeudi 29 novembre 2018

QH 42. Périco Légasse déteste les maréchaux

Quelques remarques sur une tribune de Périco Légasse à propos des maréchaux de la guerre de 1914


Classement : Première Guerre mondiale ; antimilitarisme




Référence
*Périco Légasse, « Voyage au bout de la honte », Marianne, n° 1131, 16-22 novembre 2018, page 86 (rubrique « Carte blanche »)

Texte
Je me bornerai à reproduire quelques passages (voir la partie Analyse).

Analyse
La tribune évoque d’abord les ouvrages consacrés à l’horreur de la guerre de 1914-1918, notamment ceux de Genevoix et de Céline. Il achève cette partie en écrivant : « En avons-nous seulement retenu la leçon ? » (je suppose qu’il veut dire : « la leçon de ces ouvrages ». Il attaque ensuite l’essentiel :

Années 30 ou années 10 ?
« La situation  [actuelle] ressemble davantage à celle des années 10 [qu’à celle des années 30], avec des espaces vitaux à conquérir sous forme de marchés, au nom d’une globalisation fraiche et joyeuse et, surtout des superpuissances qui ne cessent de se surarmer au cas où il faudrait contenir l’autre. »
Sa critique de l’idée d’une parenté de notre époque avec les années 1930 (lieu commun actuel) auquel il préfère un rapprochement avec les années 1900-1914 est plutôt intéressant. Il met en cause des aspects essentiels de la « Belle Epoque » (armement, conquêtes coloniales, concurrence commerciale) qui la rapprochent plus de notre époque que les caractéristiques des années 1930 (crise mondiale, chômage de masse, présence dans le monde démocratique de mouvements d’extrême-droit théorisant et pratiquant la violence comme moyen politique).

Une surprenante focalisation sur le haut commandement allié
« Si nos élites étaient en phase avec leur époque, voire cohérentes avec leurs propos, c’est d’abord aux parangons actifs du nationalisme belliqueux, que furent les maréchaux de 14-18 qu’il faudrait s’en prendre. »
Il est surprenant qu’après son analyse des années 1900-1914, il pointe un groupe très limité de gens, « les maréchaux de 14-18 » auxquels il semble faire porter la responsabilité intégrale de la guerre et de ses conséquences, adjoignant tout de même aux Français un Britannique et un Américain. Apparemment, il ignore qu’il y avait aussi des généraux de haut rang en Allemagne et en Autriche, dont la responsabilité dans le déclenchement de la guerre est probablement plus importante que celles de généraux alliés (les liens entre le nationalisme pangermaniste, le gouvernement et les milieux militaires étant plus étroits que ceux qui existaient entre les nationalistes français, le gouvernement (républicain de centre-gauche) et l’armée.

Une rhétorique de pamphlétaire
Ces maréchaux français, Périco Légasse affirment qu’ils furent des « parangons actifs du nationalisme belliqueux », qu’ils « poussèrent au crime », qu’ils «  se réjouirent du conflit », qu’ils «  ne voyaient dans l’hécatombe que l’expression de leur génie ». Fichtre !
« Considérant que telle devait être la manifestation de leur puissance nationale, ils envoyèrent des millions d’enfants de la patrie au massacre. » (la formule « la manifestation de leur puissance nationale » n’est pas très claire ; on comprend tout de même ce qu’il a en tête : qu’ils avaient une puissance de contrôle énorme sur la nation ; ce qui est évidemment absurde : voir les débats sur la « loi de trois ans »).
« Les maréchaux ne voyaient dans les vagues d’assaut lancées par dizaines de milliers, puis par centaines de milliers, que les performances d’une stratégie apprise à l’Ecole de guerre »
Ils furent en fait « sept bouchers sans scrupule ».
Il est difficile d’analyser de tels propos, dans lesquels les procès d’intention sont légion. Se « réjouirent-ils vraiment du conflit » ? Si c’est le cas, ils furent accompagnés par de très nombreux officiers et sous-officiers, ainsi que par les milieux nationalistes militants de la petite bourgeoisie et de la bourgeoisie française, voire d’une partie de la classe ouvrière.
Maintenant si on analyse au cas par cas : peut-on dire de Joffre qu’il « ne voyait dans l’hécatombe que l’expression de son génie ? » ? Il est devenu maréchal à la suite de la bataille de la Marne : je doute que pendant les mois d’août et septembre 1914, il ait eu beaucoup d’occasions de se réjouir (sauf une fois la bataille gagnée), alors que l’armée allemande paraissait en mesure de prendre Paris, et encore moins de se réjouir des morts du côté français !

Nivelle, Mangin, Maistre
Dans cette tache néfaste, ils furent secondés par une « ribambelle de généraux à leurs ordres, Nivelle, Mangin, Maistre, assassins en képi »
Le mot « ribambelle » évoque plutôt des dizaines de personnes : or il n’en cite que trois.
Le général Robert Nivelle (1856-1924) remplace Joffre, considéré comme insuffisamment « offensif », comme commandant en chef (25 décembre 1916) ; il est le grand responsable de l’offensive du Chemin des Dames, qui occasionne des pertes énormes pour un gain minime. Il est remplacé par Pétain (15 mai 1917).
Charles Mangin (1866-1925) est un des participants à l’offensive du Chemin des Dames. Il perd ses fonctions en même temps que Nivelle, mais retrouve un commandement en décembre 1917.
Quant à Paul Maistre (1858-1922), je ne vois pas pourquoi Périco Légasse l’a particulièrement distingué.

Pétain
Il met Pétain à part :
« Le seul qui rechignait à sacrifier des vies humaines fut le général Pétain, indignement appelé maréchal alors qu’il fut déchu de ce titre par la Haute Cour de justice en août 1945. Convaincu que la guerre allait être perdue et favorable à un armistice avec l’Allemagne en 1917, il ne voyait plus l’utilité des vagues d’assaut. C’est sur ce paradoxe que l’on en fit le héros de Verdun et, vingt-deux ans plus tard, le sauveur du pays. » C’était en fait « un futur traitre fascisant ».
Quelques rappels historique : Pétain participe à la bataille de Verdun de février à avril 1916. Il joue un rôle important (notamment dans l’organisation des transports) et est crédité par les soldats d’être le « vainqueur de Verdun ». Devenu commandant en chef, il se borne à des offensives limitées (Verdun, août 1917 ; Chemin des Dames, octobre 1917). C’est après l’offensive allemande de mars 1918 en Picardie qu’il apparaît comme excessivement pessimiste aux yeux de Clemenceau ; c’est donc Foch qui est choisi pour occuper le poste (créé à ce moment) de commandant en chef des armées alliées, Pétain conservant le commandement de l’armée française. En octobre 1918, alors que l’armée allemande recule, il envisage une offensive jusqu’en Allemagne, mais l’armistice met fin à ce projet.
L’assertion selon laquelle Pétain était « favorable à un armistice avec l’Allemagne en 1917 » ne parait donc pas fondée. 

L’exorde
« Un million quatre cent mille jeunes hommes tombés « au champ d’honneur » pour flatter l’orgueil de ceux qui, aujourd'hui, seraient plus près du crime de guerre que du bâton de maréchal. L’hommage aux maréchaux du 10 novembre 2018 résonne comme un voyage au bout de la honte. »
Il donne ici la totalité des morts militaires de la Première Guerre mondiale. Il est évident que ce nombre ne peut pas être intégralement imputé aux partisans de l’offensive à tout prix, beaucoup de ces morts étant survenues dans des conditions défensives soit lors de la retraite de 1914, puis de la bataille de la Marne ; soit durant la routine de la guerre des tranchées.

Commentaire
Cette diatribe contre les maréchaux de la Première Guerre mondiale ressort d’une littérature antimilitariste du début du XX° siècle (anarchiste ou communiste), qui ne s’embarrassait pas de nuances.
Si on est contre la guerre et contre l’armée (sauf s’il s’agit de l’Armée rouge !), on peut dire à peu près n’importe quoi sur la guerre et sur l’armée, y compris des choses exactes. Mais cela repose en fin de compte sur l’idée que fondamentalement, la nation n’existe pas, que seules les classes sociales existent. C'est un point de vue, ce n'est pas celui de Périco Légasse.
Pour lui, la nation existe, comme le montrent les quelques lignes sur « les poilus [qui] défendaient bien cette patrie, la terre de leurs pères, pour que leurs femmes et leurs gosses puissent y vivre en paix. », en opposition à un commandement totalement étranger à de telles conceptions.

Envoi
La réalité de la guerre, pour la France, était qu’à la fin de 1914, les Allemands occupaient une partie du territoire (notamment Lille et une bonne partie du Nord) et que, à un moment ou à un autre, il faudrait passer à l’offensive pour les déloger (à moins de dire : « OK, vous avez gagné, on fait la paix sur la base des lignes d’armistice », c'est-à-dire de mettre en question l’existence de la nation !). Il est clair que les offensives des années 1915, 1916 et 1917, ont, dans le cadre de la guerre de tranchées (c'est-à-dire une guerre de fortification), été des erreurs graves, et celles de 1917 peuvent rétrospectivement être qualifiées de « criminelles » (pas d'un point de vue juridique, cependant). Mais peut-on pour autant en faire porter la responsabilité à seulement sept maréchaux et trois généraux ?
Les offensives de 1918 ont connu le succès : elles n’en ont pas moins causé la mort de nombreux soldats. Périco Légasse estime-t-il que ces offensives aussi ont été criminelles ? (d’un point de vue antinational, oui, mais si on adopte un point de vue national ou patriotique ?)

Conclusion
Périco Légasse aurait mieux fait de s’en tenir à la gastronomie et à l’écologie gastronomique !



Création : 29 novembre 2018
Mise à jour :
Révision : 4 décembre 2018
Auteur : Jacques Richard
Blog : Questions d’histoire
Page : QH 42. Périco Légasse déteste les maréchaux
Lien : https://jrichardterritoires.blogspot.com/2018/11/perico-legasse-deteste-les-marechaux.html








mercredi 28 novembre 2018

73. L'impasse des Cossus à Bordeaux 2. Etymologie

Quelques éléments d’information concernant l’impasse des Cossus à Bordeaux et l'ancien chemin des Cossus au Bouscat


Classement : géographie locale ; toponymie




Ceci est une suite de la page L'impasse des Cossus à Bordeaux, dans laquelle je donne les informations urbanistiques et administratives sur cette voie de Bordeaux (i’impasse des Cossus est une voie d’une cinquantaine de mètres, proche de la Barrière du Médoc. Elle est le prolongement de l'avenue Robert Schuman du Bouscat, voie anciennement appelée chemin des Cossus).
Je donne ci-dessous quelques indications sur l'origine de cette dénomination de « Cossus »

Sommaire de la page précédente
*Les indications du plan de Bordeaux de 1914
*Les indications du cadastre de 1811 du Bouscat
*Les changements de nom du chemin des Cossus

A propos du mot « Cossus »
Le Dictionnaire des rues de Bordeaux d'Annick Descas (Editions Sud-Ouest, 2008) indique pour l’entrée Impasse des Cossus : « on ne sait pas ce que sont ces cossus ».
Une étude rapide permet de constater que le sens du mot en français (relatif à l'aisance, voire à la richesse) n’est pas le seul.

Le dictionnaire sensAgent (lien) donne deux sens :
« cossu (adjectif) 
1.qui est aisé, à de la richesse. Qui dénote l'opulence.
cossus (n.m.)
1.lépidoptère cossidé dont les chenilles creusent des galeries dans les arbres » (il s’agit du papillon Cossus cossus, appelé couramment « cossu gâte-bois »)

Le Littré (1880) donne d’autres éléments intéressants :
« 1. Qui a beaucoup de cosses, en parlant des tiges de pois, de fèves.
Fig. et populairement. En conter de cossues, faire des contes extravagants.
2. Fig. et populairement, riche. C'est un homme cossuUne toilette cossue.
ÉTYMOLOGIE
Cosse 1 : bourguignon champ cossu, champ qui a beaucoup de cosses de pois, et fig. un paysan cossu, un paysan qui a de bonnes récoltes, beaucoup de biens. »

Cossu = consul ?
(Ajouts à partir du 2 octobre 2018)
Je pense avoir repéré une possible parenté étymologique : lors d'une visite à Arrens-Marsous (Hautes-Pyrénées), j'ai trouvé dans le prospectus de visite de l'église d'Arrens l'indication d'un « banc des consuls » dont la dénomination en parler local (gascon) est « et banc dets cossous » (et = le). L'orthographe cossou correspond à une forme phonétique du mot cònsol (consul), comme l'indique le dictionnaire en ligne Dicod'Oc (lien) : « consul : cònsol ['kosu] ». De fait, le mot cossu n'est pas très éloigné de cossou.
Problème : de quels consuls pourrait-il s'agir ?
En ce qui concerne Arrens (ainsi que Marsous et Aucun), il y avait une magistrature paroissiale portant le nom de « consul » (cf. une archive de 1674, 32 E dépôt 63, lien).
En ce qui concerne Le Bouscat, pas de référence à des consuls. 
En revanche, Bordeaux est donnée comme « ville consulaire » dans l'article de Wikipédia Consulat (Ancien Régime) (lien), ce qui doit correspondre à l'institution* (en 1563) des « juge et consuls des marchands » (ou « de la Bourse des marchands »), qui étaient au nombre de trois (un juge et deux consuls), renouvelés chaque année (cf. Laurent Coste, « Le recrutement des juges et consuls de la Bourse des marchands de Bordeaux, des origines au gouvernement de Richelieu (1564-1625) », Histoire de la justice2007/1, n°° 17, disponible sur Cairn, lienainsi que « Instruction générale sur la juridiction consulaire ... de Bordeaux, sur Gallica, lien» .
Par ailleurs, un article de 1963 (André Gouron, « Diffusion des consulats méridionaux... », p. 41lien) indique qu'en 1219 la chancellerie anglaise adresse une lettre au« maire et consuls » de Bordeaux (alors qu'il n'y a pas officiellement de consuls à Bordeaux à cette époque).
Note
*l'institution des consuls de la Bourse m'a été signalée par Annick Descas, auteur du Dictionnaire des rues de Bordeaux



Création : 28 novembre 2018 (par transfert d'une partie de la page L'impasse des Cossus à Bordeaux) 
Mise à jour :
Révision :
Auteur : Jacques Richard
Blog : Territoires
Page : 73. L'impasse des Cossus à Bordeaux 2. Etymologie
Lien : https://jrichardterritoires.blogspot.com/2018/11/limpasse-des-cossus-2-etymologie.html