samedi 17 octobre 2026

QH 97. Heurs et malheurs des débuts de l'« université d'Alençon »

Les débuts de l'enseignement universitaire à Alençon (Orne) dans les années 1980


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Comme je l'ai indiqué sur une autre page, à propos de l'acteur Christophe Brault, j'ai travaillé comme documentaliste au lycée Marguerite-de-Navarre d'Alençon, de 1978 à 1988. Alençon, chef-lieu du département de l'Orne, est une ville très moyenne, située à 50 km au nord du Mans (Sarthe) et à 110 km au sud de Caen, alors chef-lieu régional de la Basse-Normandie. A cette époque, la ville comptait une grande usine Moulinex, et on en trouvait aussi dans plusieurs localités alentours. La restructuration de Moulinex en ??? a évidemment rendu assez catastrophique la situation pas très glorieuse d'Alençon.
Cette période des années 1980 a été marquée par un événement inattendu : l'annonce de l'arrivée d'éléments d'enseignement supérieur,alors qu'à ce moment il n'existait en fait d'enseignement post-baccalauréat que des sections de BTS, aucune classe préparatoire, dans les deux lycées publics de la ville, le lycée Alain (ancien lycée d'Alençon, doté de sections techniques industrielles) et le lycée Marguerite-de-Navarre (ancien lycée de jeunes filles, doté de sections techniques tertiaires).
Il s'agissait simplement de créer une antenne de l'université de Caen pour certains enseignements. Ce qui a été réellement créé a été finalement assez modeste : un IUT de plasturgie. Bien des villes des Pays de la Loire ont bénéficié d'établissements plus importants (Alençon était en Basse-Normandie, mais à la limite de la Sarthe, où Le Mans avait une université à part entière, à 50 km au sud d'Alençon).
Mais, au départ, vers 1985-1986, on a pu avoir l'impression qu'il s'agissait d'une « université d'Alençon ». Le fait intéressant est que cette perspective a suscité des réactions très négatives de la part de certains collègues du lycées Marguerite-de-Navarre, voire d'élèves. Et, tandis que les gens qui considéraient cela comme positif ne s'exprimaient pas, les opposants se faisaient pas mal entendre.
Un jour, le lycée a eu la visite du secrétaire général de la préfecture de l'Orne, c'est-à-dire, comme il nous l'a expliqué, le sous-préfet d'Alençon. C'était un homme assez jeune, 35-40 ans, plutôt sympathique. Il venait à la fois pour informer et pour s'informer de l'état d'esprit des intéressés, futurs étudiants, les élèves.
Je me rappelle que, lors de la réunion, un élève que je connaissais bien, et qui devait avoir quelques ambitions politiques a énoncé une formule chiadée, un truc qui faisait carrément réfléchi, avec une dimension théâtrale appuyée : « Moi je n'irais pas, parce que j'aurais trop peur en présentant un diplôme de l'université d'Alençon à un patron qu'il me dise : « Alençon ? Où c'est ? » ». Ce qui montre que nombre d'Alençonnais percevaient leur ville assez négativement.
Pour autant que je me rappelle, aucun des élèves présents n'a manifesté de sympathie pour le projet, même si cela pouvait faciliteer leur entrée dans l'enseignement supérieur.
Il en est allé de même dans le corps professoral, du moins les professeurs d'enseignement général (ceux des sections techniques étaient sûrement plus branchés sur toute possibilité d'élargir leurs débouchés).
Catherine P., professeur des mathématiques : « Ce sera un enterrement de première classe.... » Une collègue dont je me rappelle ni le nom ni la discipline, mais qui faisait partie du SGEN : « Oui, moi quand j'étais à l'université de Caen, j'ai rencontré des tas d'étudiants (d'origine étrangère), des Iraniens, des (....) ». Sous-entendu : à Alençon, il n'y aura que des ploucs de la Sarthe et de l'Orne, pas des gens vraiment intéressants. L'idée que des étudiants étrangers puissent venir à Alençon ne l'effleurait pas du tout (pour autant que ce soit un critère de valeur de l'enseignement supérieur). Toujours l'auto-dépréciation... De fait, qui pourrait avoir envie de venir dans une ville dont les habitants tirent perpétuellement la tronche ?
Je suppose que ces deux collègues faisaient partie des gens qui se gaussent des notables alençonnais du XIX° siècle, les gros nuls qui ont « refusé le chemin de fer » au profit du Mans (mais en 1845, Le Mans était déjà plus peuplée qu'Alençon, 12 000 habitants contre 8 000, un tiers de moins. Evidemment, maintenant, l'écart est beaucoup plus important). À la fin du XX° siècle, on leur proposait de l'enseignement supérieur, ah ben non, merci, ce serait donner de la confiture à des cochons .
Très curieux...



Création : 17 octobre 2026
Mise à jour : 17 octobre 2026
Révision :
Auteur : Jacques Richard
Blog : Question d’histoire
Page : QH 97. Heurs et malheurs des débuts de l'« université d'Alençon »
Lien : https://jrichardterritoires.blogspot.com/2026/10/heurs-et-malheurs-de-luniversite.html







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