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vendredi 17 mai 2019

QH 54. L'Histoire et l'antisémitisme polonais

Quelques remarques sur une phrase peu claire à propos de l’antisémitisme polonais et de l’histoire de la Pologne pendant la Seconde Guerre mondiale




Référence
*« Jésus, roi de Pologne », L’Histoire, n° 458, avril 2019, page 86
Il s’agit du compte-rendu d’un article de Timothy Garton Ash, « Jesus Rex Poloniae » paru dans le numéro 203 du Débat (février 2019).

L’auteur
L’auteur de l’article de L’Histoire n’est pas indiqué.
Timothy Garton Ash (né en 1955) est un historien et politologue, depuis 2004 professeur d'études européennes à l'université d'Oxford (lien).

Texte
Après avoir énuméré quelques reproches à l’encontre de la politique de l’actuel gouvernement polonais (du parti Droit et Justice*), l’auteur ajoute :
« Et puis il y a l’antisémitisme, réactivé par la loi sur la mémoire nationale de 2018, qui pénalise toute idée d’une responsabilité de l’État polonais dans l’Holocauste. ».

Analyse et commentaires
J’ai adressé à la revue L’Histoire un courrier que je paraphrase ci-dessous.
1) En premier lieu : qui peut bien exprimer l’idée d’une « responsabilité de l’État polonais dans l’Holocauste », alors qu'à l'époque de l'Holocauste, l’« État polonais » se réduit à un gouvernement en exil (à partir de septembre 1939, en France puis à Londres), tandis que le territoire de la Pologne est occupé par l’Allemagne, qui crée un « Gouvernement général* » totalement germanique ?
Bien entendu, on peut envisager « la responsabilité de certains Polonais dans l’Holocauste », voire « les responsabilités de la nation polonaise dans l’Holocauste », mais certainement pas « la responsabilité de l’État polonais dans l’Holocauste ».
2) Cette loi est peut-être la conséquence d’un antisémitisme polonais spécifique, mais il me semble inadéquat de dire qu’elle le « réactive ».
3) En ce qui concerne cette loi, beaucoup de choses ont été dites sans que soit apportée la preuve de leur validité. Au départ, il était indiqué que le gouvernement du PiS dénonçait des formules telles que « camps d’extermination polonais » pour désigner les camps d'Auschwitz, Treblinka, Bergen-Belsen, etc. D’un point de vue politique, ce n'est pas le rôle du gouvernement d’un pays de lutter contre des propos de ce type et d'un point de vue juridique, il n'y a pas lieu de les pénaliser. Mais d’un point de vue strictement historique et linguistique, il avait raison : il s’agit de camps d’extermination nazis (voire, avec réserve, allemands) installés sur le territoire de la Pologne occupée, en aucun cas de « camps polonais ».
L'énoncé cité plus haut est donc assez confusionniste. Il serait utile de savoir exactement ce que pénalise la loi de 2018, avant d’avancer des « arguments » qui, dans le cas cité plus haut, ne tiennent pas debout !

A suivre
*Le contenu de la loi polonaise sur la mémoire

Notes
*Droit et Justice : Prawo i Sprawiedliwość (PiS)
*Gouvernement général : formulation abrégée pour Gouvernement général pour les territoires polonais occupés (Generalgouvernement für die besetzten polnischen Gebiete), créé le 8 octobre 1939, à la tête duquel est placé Hans Frank (1900-1946) ; le pouvoir est en fait partagé entre le Gouvernement général et les SS (Frank étant en conflit avec Himmler)



Création : 17 mai 2019
Mise à jour : 18 mai 2019
Révision :
Auteur : Jacques Richard
Blog : Questions d’histoire
Page : QH 54. L'Histoire et l'antisémitisme polonais
Lien : https://jrichardterritoires.blogspot.com/2019/05/lhistoire-et-lantisemitisme-polonais.html








jeudi 2 mai 2019

QH 51. L'histoire de la Pologne selon Jacques Julliard

Quelques remarques sur une assertion approximative


Classement : histoire de la Pologne ; partages de la Pologne




Référence
*Jacques Julliard, « Pour une Europe souveraine », Marianne, n° 1130, 29 mars 2019, page 4

Texte
Dans cet éditorial, Julliard étudie la situation de l’Union européenne, notamment en analysant les cas du Royaume-Uni, de l’Italie et de la Pologne. Voici ce qu’il écrit à propos de l’histoire de ce pays :
« La Pologne enfin. Encore des amis très chers. « Vive la Pologne, Monsieur ! » s’était écrié un républicain, Charles Floquet, s’adressant au tsar Alexandre II en visite à Paris (1863). Cinq partages successifs (1772, 1793, 1795, 1815, 1945) ont rendu ce pays légitimement méfiant à l’égard de ses voisins, notamment de la Russie. »

Analyse et commentaires
La formulation « cinq partages successifs » n’est pas tout à fait appropriée. En réalité, il n’y a eu que trois partages successifs (1772, 1793 et 1795), amenant la Pologne à la disparition en tant qu’État.
Ensuite, il faudrait intercaler des épisodes de « reconstitution » de cet État : en 1807 sous la forme du duché de Varsovie (suivi de « 1815 ») ; en 1918 sous la forme de la République de Pologne (« Seconde République »).
Cependant, à proprement parler, 1815 ne correspond pas à un partage, mais au passage, lors du Congrès de Vienne, du duché de Varsovie du statut d’État indépendant (quoique de fait sous protection française) au statut d’État sous tutelle russe, le « royaume de Pologne » dévolu au tsar « roi de Pologne », tutelle de plus en plus forte au cours du XIXème siècle.
En ce qui concerne la République de Pologne, la date du partage serait plutôt 1940 (invasion conjointe du pays par l’Allemagne et l’URSS en septembre) ; 1945 correspond à une nouvelle reconstitution de la Pologne, avec un glissement vers l’ouest, l’URSS conservant ses acquis de 1940, tandis que l’Allemagne abandonne les territoires au-delà de l’Oder.



Création : 2 mai 2019
Mise à jour :
Révision :
Auteur : Jacques Richard
Blog : Questions d’histoire
Page : QH 51. L'histoire de la Pologne selon Jacques Julliard
Lien : https://jrichardterritoires.blogspot.com/2019/05/lhistoire-de-la-pologne-selon-jacques.html