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mercredi 2 octobre 2019

QH 67. La Gaule romaine : la substitution des noms de cité aux noms des chefs-lieux

Quelques remarques sur un phénomène notable de la toponymie française


Classement : histoire ; Gaule ; Gaule romaine ; Empire romain ; toponymie




Ceci est la suite des pages

Importance du phénomène
Dans ces pages, nous avons vu que pour un certain nombre de chefs-lieux de cités, s'est produit à la fin de l’Antiquité une substitution du nom de la cité au nom de la ville : par exemple, Lutetia, chef-lieu de la cité des Parisii, est devenu « Paris », Condate, chef-lieu de la cité des Riedones, est devenu « Rennes » (alors que de nombreuses localités en France portent un nom dérivé de Condate : « Condé »).
Au total, en ce qui concerne les cités des trois Gaules (Aquitaine, Lyonnaise, Belgique) existant à l’époque julio-claudienne, 37 des chefs-lieux (sur 64) ont connu ce processus, soit 58 %.

Le point de vue de Charles Rostaing
Ce phénomène, bien connu, est évoqué par exemple par Charles Rostaing dans son livre d’initiation à la toponymie française, assez ancien, Les Noms de lieux (« Que Sais-Je ? », PUF), dans le point 5 de son chapitre sur les toponymes d’origine gauloise (page 46 de l’édition de 1969) :
« Enfin, bien que ce phénomène ne se soit produit que vers le IVème siècle après J.-C., il convient de mentionner ici les noms de ville provenant des « civitates » dont elles étaient le chef-lieu : ce nom était employé à l’ablatif-locatif en –is, c’est pourquoi les noms modernes se terminent par un –s. Cette mode n’a pas atteint les peuplades de la Provincia, romanisées plus profondément et par conséquent, ayant perdu beaucoup plus tôt leur individualité. »
Note
*Il semble faire une petite erreur par omission : certains noms de cités avaient un ablatif en –is (Remi, Arverni, Cadurci, Leuci, etc.), mais beaucoup avaient un ablatif en –ibus (Riedones, Santones, Namnetes, Bituriges, etc.).

Critique de ces énoncés
1) Grammaire : plutôt l’accusatif pluriel que l’ablatif pluriel
Charles Rostaing met en avant l’usage du cas ablatif pour justifier la présence du –s à la fin des noms des villes concernées ; cette assertion ne me paraît pas convaincante ; en effet, le cas ablatif correspond le plus souvent à l’utilisation de la préposition in  (« dans », sans mouvement) : or il est difficile d’imaginer des formules comme « dans les Namnètes », « dans les Bituriges », si on parle d’un peuple gaulois. Les autres prépositions commandant l’ablatif sont  de (au sujet de) et ex (hors de) : on peut concevoir des formules telles que « parler des Santons » (de Santonibus), « un homme issu des Arvernes » (quisque ex Arvernis), mais ces emplois pourraient difficilement connoter la ville chef-lieu de cité (au début de l’Empire, en latin encore classique).
Il est plus simple de penser que le cas expliquant le –s est l’accusatif. L’accusatif pluriel latin comporte toujours un –s, avec les terminaisons assez proches en –as (Convenas), en –os (Treveros, Remos, Mediomatricos) ou en –es (Namnetes, Pictones, Santones). On peut ajouter que c’est le cas accusatif latin qui s’est finalement maintenu en français (après la période où le français avait deux cas : sujet = nominatif et régime = accusatif), comme en espagnol et en portugais (mais pas en italien, langue qui a conservé le nominatif).
On peut concevoir des phrases avec des prépositions régissant l’accusatif tout à fait convenables pour un nom de peuple : par exemple « être parmi les Namnètes », « être chez les Namnètes », « aller chez (vers) les Namnètes » ; en latin, les prépositions correspondantes sont : inter, apud et ad.
L’origine de la substitution doit donc se trouver dans des formulations telles que : « ire ad Namnetes », « esse apud Remos », « esse inter Treveros »). Il a dû y avoir un moment où « ire ad Namnetes » n’a plus voulu dire « aller chez les Namnètes », mais « aller à Nantes ».

2) Les causes du processus
Il n’est pas nécessaire de recourir à l’idée du maintien plus ou moins grand de « l’individualité » des peuples gaulois, car il n’y a aucune raison de penser que par exemple les Turones, parlant entre eux, désignaient « Tours » autrement que par son nom : Caesarodunum ; en particulier s’il s’agissait des habitants de la ville elle-même. Charles Rostaing semble sous-entendre que c’est parce qu’ils avaient conservé une « conscience de cité » plus forte (que les peuples de la Provincia) ; mais ça n’est pas vraiment convaincant.
L’usage d’appeler Caesarodunum « la ville des Turons » (civitas Turonum) ou « les Turons » (Turones) a dû au départ être le fait de gens qui n’appartenaient pas à cette cité, notamment les fonctionnaires romains travaillant à Rome ; ainsi sans doute que les Gaulois de l’élite romanisée issus de cités éloignées. Qu’en était-il des fonctionnaires romains présents dans les chefs-lieux de provinces (Lyon, Bordeaux et Reims) ? Ils devaient connaitre le nom des chefs-lieux des cités de leur province, mais sans doute pas ceux des autres provinces. Pour autant, ils n’en faisaient pas forcément un usage courant.

On peut facilement imaginer que les gens qui se trouvaient à Rome dans les bureaux de l’administration impériale ne se donnaient pas la peine d’apprendre des noms de villes qui très souvent n’étaient pas des noms latins. Pour eux, la seule chose qui comptait, c’était le peuple, la cité : les Namnètes, les Arvernes, etc. Donc, s’il fallait aller en mission auprès d’un peuple, pour contrôler quelque chose, la formule pouvait être : « ire ad Namnetes, ire ad Turones, etc. ». Il en allait peut-être de même dans les bureaux provinciaux ; or, en pratique, « aller chez les Namnètes », c’était aller au chef-lieu pour rencontrer les décurions et essayer de régler les problèmes. Un fonctionnaire romain en mission n’avait pas besoin d'aller dans d’autre localité que ce chef-lieu, dès lors qu’il ne s’agissait pas d’une opération militaire.
La substitution repose probablement au départ sur un « regard extérieur ». Comment ce regard extérieur est-il devenu le regard unique, comment a-t-il fini par s’imposer aussi aux populations locales ?

Hypothèses
Un des facteurs est que les « populations locales » n’écrivaient pas, en tout cas pas de documents dignes de conservation ; les seuls qui écrivaient faisaient partie de l’élite romanisée, ils ont donc transmis les noms utilisés couramment dans cette élite.

La christianisation a dû être un autre facteur important. Dans la Gaule, assez retardataire de ce point de vue, les évêques primitifs sont supposés être, par exemple, « évêque des Namnètes », « évêque des Pictons » (évêque d’une cité), alors que les chrétiens se trouvent quasi exclusivement au chef-lieu. Telle personne, au Vème  siècle, est mettons, « episcopus Pictonum », mais de facto, n’a d’ouailles  qu’à Limonum ; ces ouailles, habitants de Poitiers, sont tout de même « les Pictons » (Pictones). Cela a pu (aux IVème et Vème  siècles) favoriser l’identification de la ville et de l’ancienne cité.

Ce processus est à mettre en relation avec l’évolution du sens du mot « civitas/cité », qui au départ, est un mot abstrait, formé sur civis « le citoyen » : civitas, c’est donc la citoyenneté, le « droit de cité » (notamment : civitas romana, le fait d’être citoyen romain) ; le mot civitas a aussi une acception concrète : la cité en tant que peuple, en tant qu'ensemble de citoyens, en tant qu’État, avec son territoire et son gouvernement (ces deux acceptions se trouvent par exemple dans Cicéron) ; il est plus rarement utilisé à la place de « ville » (urbs), par exemple dans Tacite, Histoires, 4, 65 (Gaffiot, page 322) : « muri civitatis ».
Or au Moyen Âge, le mot « cité » désignera précisément une ville siège épiscopal (voire le quartier épiscopal d’une ville), ce qui marque bien l’identification de la cité antique (peuple), de son chef-lieu (ville) et de la cité épiscopale (ville) issue de la christianisation.

Pourquoi la substitution n’a-t-elle pas été systématique ?
Il est compréhensible que certaines villes importantes à l’époque romaine aient conservé leur nom propre : c’est en particulier le cas de Bordeaux, d’Autun, peut-être de Cologne. Ces villes étaient suffisamment importantes pour être identifiées par l’élite impériale romaine. On pourrait aussi examiner dans cette perspective les cas de Rouen, de Besançon et peut-être de Toul.
Ce facteur n’a certainement pas joué pour Lillebonne, Carentan, Feurs, et pour beaucoup des villes de Belgique (romaine) dans ce cas : Bavay, Thérouanne, Cassel, Brumath, Avenches, Augst. Elles ont connu le même destin toponymique que les nombreuses villes qui n’étaient pas des chefs-lieux et ont conservé leur nom gaulois (Argenton, Noyon, Laon, Condé, Brive, etc.) ou autre.

Peut-on trouver des attestations du processus de substitution ?
A venir



Création : 2 octobre 2019
Mise à jour :
Révision :
Auteur : Jacques Richard
Blog : Questions d’histoire
Page : QH 67. La Gaule romaine : la substitution des noms de cité aux noms des chefs-lieux
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samedi 14 septembre 2019

QH 66. Les cités des trois Gaules 2. Les noms des chefs-lieux (suite)

Quelques remarques sur les noms actuels des chefs-lieux de cités des provinces gauloises de l’Empire romain (Aquitaine, Lyonnaise, Belgique)


Classement : histoire ; Gaule ; Gaule romaine ; Empire romain ; topnymie




Ceci est la deuxième partie de la page Les cités des trois Gaules 2. Les noms des chefs-lieux, dans laquelle on trouvera la liste des cités et des noms des chefs-lieux à l’époque julio-claudienne (milieu du 1er siècle après J.-C.) et le premier point des analyses (1) Les noms anciens des chefs-lieux de cités).

Analyses
2) Les noms actuels des chefs-lieux de cités
Exemples
Cité des Andecavi : le nom d’Angers dérive du nom de la cité, pas du nom ancien de la ville, .Juliomagus.
Cité des Aedui : le nom d’Autun dérive du nom ancien de la ville, Augustodunum, pas du nom de la cité.
Cité des Arverni : le nom de Clermont-Ferrand ne dérive ni du nom de la cité, ni du nom ancien de la ville, Augustonemetum.

Vue d’ensemble
Ancienne Aquitaine
Nom de la cité : 1 ; nom ancien : 5 ; ni l’un, ni l’autre : 2 ; total : 8
Sud de l’ancienne Celtique
Nom de la cité : 8 ; nom ancien : 1 ; ni l’un, ni l’autre : 3 ; total : 12
Lyonnaise
Nom de la cité : 18 ; nom ancien : 5 ; ni l’un, ni l’autre : 1 ; total : 24
Belgique
Nom de la cité : 10 ; nom ancien : 9 ; ni l’un, ni l’autre : 1 ; total : 20
Total
Nom de la cité : 37 ; nom ancien : 20 ; ni l’un, ni l’autre : 7 ; total : 64

Étude détaillée
1) Noms actuels dérivés du nom ancien
Ancienne Aquitaine
5 cas sur 8 (62 %) : 4 de ces 5 noms sont indigènes, 1 est latin.
*Bordeaux (Burdigala) : cités des Bituriges Vivisci
*Eauze (Elusa) : cité des Elusates
*Lectoure (Lactora) : cité des Lactorates
*Aire (-sur-l’Adour) (Atura) : cité des Tarusates
*Dax (Aquae Tarbellicae) : cité des Tarbelli
La conservation du nom de Burdigala est compréhensible, Bordeaux était une grande ville de Gaule romaine, capitale de province (et la cité dont elle était le chef-lieu une branche secondaire des Bituriges).
Pour les autres cas, on remarque que les noms de cités sont dérivés du nom ancien dans 2 cas (Lactorates et Elusates) et présente une analogie dans le cas des Tarusates.
Sud de l’ancienne Celtique
1 cas sur 12 (8 %) : nom indigène
*Agen (Aginnum) ; on remarque que la cité des Nitiobriges est limitrophe de l’ancienne Aquitaine
Lyonnaise
5 cas sur 24 (21 %) : 1 nom latin, 2 gaulois, 2 mixtes
*Autun (Augustodunum), chef-lieu de la cité des Éduens, est une ville de fondation romaine, créée à l’écart de l’ancienne capitale, Bibracte (localisée sur le Mont Beuvray, dont le nom conserve le souvenir et des vestiges conséquents) ; Autun était une ville de Gaule très connue dans l’Empire romain (il s’y trouvait une école de rhétorique importante)
*Lillebonne (Juliobona) : cité des Calètes
*Carentan (Crociatonum) : cité des Unelli
*Rouen (Rotomagos) : cité des Veliocasses
*Feurs (Forum Segusiavorum) : cité des Ségusiaves
La conservation du nom d’Autun est compréhensible, c’est moins évident pour les autres.

Belgique
9 cas sur 20 (45 %) : 6 noms indigènes, 3 latins.
*Avenches (Aventicum) : Helvetii
*Toul (Tullum) : Leuci
*Thérouanne (Tarvanna) : Morini
*Bavay (Bagacum) : Nervii
*Besançon (Vesontio) : Sequani
*Brumath (Brocomagus) : Triboci
*Cologne (Colonia Agrippinensis) : Ubii
*Cassel (Castellum Menapiorum) : Menapii
*Augst (Augusta Raurica) : Rauraci

2) noms actuels dérivés du nom de la cité
Ancienne Aquitaine
1 cas sur 8 (12,5 %)
*Auch : cité des Auscii
Sud de l’ancienne Celtique
8 cas sur 12 (66 %)
Lyonnaise
18 cas sur 24 (75 %)
Belgique
10 cas sur 20 (50 %)

3) autres cas
Ancienne Aquitaine
Aucun
Sud de l’ancienne Celtique
3 cas
*Clermont-Ferrand (Augustonemetum) : cité des Arverni
*Saint-Bertrand-de-Comminges (Lugdunum Convenarum) : cité des Convenae
*Saint-Paulien (Ruessio) : cité des Vellavi
Lyonnaise
1 cas sur 24
*Carhaix (Vorgium) : cité des Osismi (à moins qu’il y ait une trace des Osismes avec un préfixe breton, ker- ?)
Belgique
1 cas sur 20
*Saint-Quentin (Augusta Viromanduorum) : cité des Viromandui
On a affaire à un cas très particulier, puisque avant la conquête, l’oppidum central de la cité devait être localisé à « Vermand », et qu’au Bas-Empire, le chef-lieu est revenu de Saint-Quentin à Vermand au Bas-Empire ; un fait curieux est que le réseau des voies romaines (routes venant d’Amiens, de Bavay et de Reims) est manifestement centré sur Vermand et non pas sur Saint-Quentin (lien).
Noter que « Vermand » ne porte pas de marque de pluriel.

Conclusion
On voit que la dérivation des noms actuels à partir des noms de cité a été un phénomène important, surtout dans l’ancienne Celtique (au moins 26 cas sur 36, soit 72 %), et même en Belgique (45 %)
Le problème essentiel à ce point est d’étudier les processus qui ont permis cette substitution (comment cela s’est passé, ce qui peut donner des indications sur le « pourquoi ? ».

À venir
*La substitution des noms de cités aux noms des chefs-lieux



Création : 14 septembre 2019
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Auteur : Jacques Richard
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Page : QH 66. Les cités des trois Gaules 2. Les noms des chefs-lieux (suite)
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mercredi 4 septembre 2019

QH 65. Les cités des trois Gaules 2. Les noms des chefs-lieux

Quelques remarques sur les noms anciens et actuels des chefs-lieux de cités des provinces gauloises de l’Empire romain


Classement : histoire ; Gaule ; Gaule romaine ; Empire romain ; topnymie





Ceci est un développement de la page Les cités de Gaule romaine a) Les trois Gaules, dans laquelle je fournis une liste des cités des provinces gauloises à l’époque julio-claudienne, en référence au livre de Robert Bedon (Les Villes des trois Gaules de César à Néron dans leur contexte historique, territorial et politique).

INTRODUCTION
La conquête de la Gaule par les  Romains
La Gaule du sud-est a été conquise vers – 120 et est devenue la province de Narbonnaise, divisée en une vingtaine de cités.
Le reste l’a été entre – 58 et – 52 par César, formant d’abord une province unique, divisée en – 12 en trois provinces (Lyonnaise, Aquitaine, Belgique), les « trois Gaules » (Tres Galliae) avec au total un peu plus de 60 cités (la liste de Robert Bedon est de 64).

Les chefs-lieux des cités des trois Gaules
Lyon n’apparait pas dans ces listes, car la ville n’est pas chef-lieu de cité, bien que chef-lieu de la province de Gaule, puis chef-lieu de la province de Lyonnaise et centre politique des trois Gaules.

Nom ancien et nom actuel
Si on considère le nom actuel de ces chefs-lieux, on constate facilement qu’il dérive ou bien du nom ancien (Burdigala > Bordeaux), ou bien du nom de la cité (Namnetes > Nantes).
Ce dernier phénomène est un fait bien connu (cf. Charles Rostaing, Les Noms de lieux, PUF, « Que Sais-Je », 1969, page 46 : « Enfin, bien que le phénomène ne se soit produit que vers le IVe siècle après J.-C., il convient de mentionner ici les noms de ville provenant des noms des « civitates » dont elles étaient le chef-lieu […] »), que cette page a pour but d’étudier de façon plus détaillée.
Un détail orthographique intéressant est que presque toutes ces villes ont conservé un –s final (Nantes, Poitiers, etc.) qui est en fait un reliquat de la marque du pluriel du nom du peuple (Namnetes, Pictones, etc.).

Présentation des listes
Outre les noms anciens et actuels des chefs-lieux, j’indique éventuellement le nom d’un territoire associé, lorsque ce nom présente un intérêt toponymique : par exemple : Bituriges / Bourges / Berry) ; en revanche, je n’indique pas un tel nom lorsqu’il dérive manifestement du nom actuel de la ville (par exemple : Beauvaisis).
Je mets les noms actuels en gras s’ils viennent du nom de la cité ; en gras et italique, s’ils viennent du nom ancien.
Le signe « + » indique que la ville a été dès l’Antiquité (et est parfois encore) un siège épiscopal (ou archiépiscopal), le signe x qu’elle ne l’a pas été.
Noter que l’Aquitaine romaine était beaucoup plus étendue que l’Aquitaine d’avant la conquête, qui s’arrêtait à la Garonne, d’où la division en deux de la liste concernant cette province.

LISTE DES CITES PAR PROVINCE
A) Province d’Aquitaine 
a) cités de l’Aquitaine primitive
  1) Auscii               Elimberrum              Auch +
  2) Bigerri                Bigorra                 Saint-Lézer x         Bigorre
  3) Bituriges Vivisci         Burdigala                Bordeaux +
  4) Boiates                Boii/Boias                Lamothe x
  5) Elusates              Elusa                   Eauze +
  6) Lactorates             Lactora                  Lectoure +
  7) Tarbelli                Aquae Tarbellicae         Dax  +
  8) Tarusates              Atura                   Aire-sur-l’Adour +
Noms anciens 
Indigènes : 7 ; latin : 1 ; mixte : 0 ; total : 8
Noms actuels
Nom de la cité : 1 ; nom ancien : 5 ; ni l’un, ni l’autre : 2 ; total : 8
On remarque que dans 5 cas, le nom du peuple dérive du nom de la cité (Lactora > Lactorates / Lectoure) ; mais un élément intéressant est l’absence dans le nom actuel de la marque du pluriel, ce qui indique que, par exemple, « Lectoure » vient de « Lactora » et non pas de « Lactorates ».
On remarquera que le nom de « Bordeaux » a été indûment doté en français d’une marque de pluriel (ainsi qu’en espagnol : « Burdeos »), qui n’existe pas en gascon (« Burdeu »), ni par exemple, en breton (« Bourdel »).

b) cités du sud de l’ancienne Celtique
  9) Arverni                 Augustonemetum         Clermont-Ferrand +         Auvergne
10) Bituriges Cubi          Avaricum                Bourges +         Berry
11) Cadurci                Divona                  Cahors +         Quercy
12) Convenae              Lugdunum Convenarum    St-Bertrand +          Comminges
13) Gabales               Anderitum              Javols (évêché ?)
14) Lemovices             Augustoritum            Limoges +         Limousin
15) Nitiobriges             Aginnum                 Agen +
16) Petrocorii               Vesunna                 Périgueux +         Périgord
17) Pictones              Lemonum                Poitiers +         Poitou
18) Ruteni                 Segodunum              Rodez +         Rouergue
19) Santones               Mediolanum              Saintes +         Saintonge
20) Vellavi                Ruessio                Saint-Paulien +         Velay
Noms anciens 
Indigènes : 11 ; latin : 0 ; mixte : 1 ; total : 12
Noms actuels
Nom de la cité : 8 ; nom ancien : 1 ; ni l’un, ni l’autre : 3 ; total : 12

B) Province de Lyonnaise 
  1) Abrincates             Legedia                 Avranches +
  2) Aedui                Augustodunum             Autun +
  3) Andecavi               Iuliomagus                Angers +         Anjou
  4) Aulerci Cenomani       Vindinum                Le Mans* +         Maine
  5) Aulerci Diablintes        Noviodunum              Jublains x
  6)) Aulerci Eburones       Mediolanum               Évreux +
  7) Baiocasses             Augustodurum            Bayeux +         Bessin
  8) Caleti                Iuliobona                 Lillebonne x         Pays de Caux
  9) Carnutes               Autricum                 Chartres +
10) Coriosolites             Fanum Martis              Corseul* x
11) Lexovii                Noviomagus              Lisieux +
12) Meldi                 Iatinum                  Meaux +
13) Namnètes             Condevicnum              Nantes +
14) Osismi                 Vorgium                  Carhaix x
15) Parisii                Lutetia                   Paris +
16) Riedones               Condate Riedonum        Rennes +
17) Segusiavi              Forum Segusiavorum        Feurs x         Forez
18) Senones              Agedincum                Sens +
19) Tricasses               Augustobona              Troyes +
20) Turones               Caesarodunum             Tours +         Touraine
21) Unelli                 Crociatonum              Carentan x
22) Veliocasses             Rotomagus                Rouen +
23) Veneti                Darioritum                Vannes +
24) Viducasses            Araegenuae               Vieux* x
Note
*Le Mans : La dérivation est un peu particulière (cf. Rostaing, Les Noms de lieux) :  Cenomanos > Celmans > Le Mans (cel- étant interprété incorrectement comme un démonstratif et transformé en article)
Noms anciens 
Indigènes : 16 ; latins : 2 ; mixtes : 6 ; total : 24
Noms actuels
Nom de la cité : 18 ; nom ancien : 5 ; ni l’un, ni l’autre : 1 ; total : 24

C) Province de Belgique 
  1) Ambiani               Samarobriva               Amiens +
  2) Atrebates               Nemetacum                Arras +         Artois
  3) Bellovaci              Caesaromagus             Beauvais +
  4) Helvetii                 Aventicum                Avenches*x
  5) Leuci                  Tullum                    Toul +
  6) Lingones              Andemantunum            Langres +
  7) Mediomatrici            Divodurum                Metz +
  8) Menapii                Castellum Menapiorum       Cassel* x
  9) Morini                 Tarvanna                  Thérouanne* +
10) Nervii                 Bagacum                   Bavay* x
11) Rauraci                Augusta Raurica            Augst x
12) Remi                  Durocortorum              Reims +
13) Sequani               Vesontio                   Besançon +
14) Silvanectes            Augustomagus               Senlis +
15) Suessiones            Augusta Suessionum         Soissons +
16) Treveri                 Augusta Treverorum           Trèves/Trier  +
17) Triboci                 Brocomagus                Brumath* x
18) Tungri                Atuatuca                   Tongres/Tongeren* +
19) Ubii                  Colonia Agrippinensis          Cologne/Köln +
20) Viromandui            Augusta Viromanduorum      Saint-Quentin x
Noms anciens 
Indigènes : 12 ; latins : 6 ; mixtes : 2 ; total : 20
Noms actuels
Nom de la cité : 10 ; nom ancien : 9 ; ni l’un, ni l’autre : 1 ; total : 20

ANALYSES
1) analyse des noms anciens
Il s’agit ici des noms « courants » ; en effet, les noms officiels étaient plus longs, faisant référence à la cité concernée et ajoutant des détails sur le statut de la ville : par exemple, Lyon était couramment appelée Lug(u)dunum, mais le nom officiel était, au départ : « Colonia Copia Felix Munatia Lugudunum » ; pour Cologne, la localité fondée à cet endroit a d’abord été appelée « Ara Ubiorum », puis, ayant été promue colonie par Agripinne, « Colonia Claudia Ara Agrippinensium »
Si on considère la morphologie, les noms sont latinisés, mais ce n’est pas le cas du point de vue de l’étymologie : on trouve des noms purement latins (Colonia Agrippinensis, Augusta, Castellum, etc.), des noms purement indigènes (généralement gaulois : Samarobriva, Rotomagus, ou autre : Elimberrum) et des noms mixtes associant un anthroponyme romain (référence à la famille impériale) et un terme indigène, généralement gaulois (Augustonemetum, Juliobona, Caesaromagus).

Répartition numérique
Ancienne Aquitaine
Indigènes : 7 ; latin : 1 ; mixte : 0 ; total : 8
Sud de l’ancienne Celtique
Indigènes : 11 ; latin : 0 ; mixte : 1 ; total : 12
Lyonnaise
Indigènes : 16 ; latins : 2 ; mixtes : 6 ; total : 24
Belgique
Indigènes : 12 ; latins : 6 ; mixtes : 2 ; total : 20
Total
Indigènes : 46 ; latins : 9 ; mixtes 9 ; total : 64
Dans ce domaine, les Romains (qui contrôlaient certainement la toponymie des chefs-lieux de cités) n’ont pas imposé la romanisation : même une ville de création romaine peut porter un nom en partie gaulois (Autun/Augustodunum).

À suivre
*Analyse des noms actuels
*La substitution de noms de cité aux noms de ville



Création : 4 septembre 2019
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Auteur : Jacques Richard
Blog : Questions d’histoire
Page : QH 65. Les cités de Gaule romaine b) Les noms des chefs-lieux
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