samedi 23 décembre 2017

QH 25. Joffrin et les Gaulois : Analyse historique (histoire de France)

Analyse d'assertions de Laurent Joffrin relatives à l’histoire générale de la France dans une tribune sur la Gaule et les Gaulois


Classement : Gaule ; histoire de France ; pseudo-historien






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Référence
*Laurent Joffrin, « Sarkozix le Gaulois », dans Libération, 21 septembre 2016

Présentation
Le lundi 19 septembre 2016, Nicolas Sarkozy déclarait au cours d’un meeting tenu à Franconville (Val-d'Oise) :
« Nous ne nous contenterons plus d’une intégration qui ne marche plus, nous exigerons l’assimilation. Dès que vous devenez français, vos ancêtres sont gaulois. » 
(voir par exemple, Le Mondelien)
Déclaration de style assez « tough » sur le sujet (« exiger », « assimilation ») ; la phrase sur les Gaulois va donner lieu à un débat assez touffu, dont il y a lieu d’examiner plusieurs éléments. ; la tribune de Joffrin ci-dessus mentionnée est un bon exemple.
J’analyse ici les éléments historiques relatifs à la formation de la France.

L’histoire de France analysée par Laurent Joffrin
1) « A l’époque de Vercingétorix, la France n’existait pas. »
Merci, oncle Lolo !

2) La formation (accélérée) de la France
« Les prémisses de la nation française sont apparues au Moyen Âge. La France s’est formée lentement à travers le combat opiniâtre de la dynastie capétienne et, surtout, en passant du royaume des sujets à la nation des citoyens, après la Révolution française. »
Trois lignes pour évoquer un millénaire d’histoire ! C’est tellement vague qu’on ne peut pas dire que ce soit faux. C’est juste sans intérêt, notamment du fait de l’absence de distinction entre l’ « Etat » et la « nation ».

3) Le grand brassage des populations
« Devenus gallo-romains, les Gaulois ont adopté la culture latine, avant d’être soumis à un immense brassage de populations qui dure encore aujourd'hui. Il y a un creuset français et non une lignée. Si nos ancêtres sont gaulois, alors ils sont aussi romains, wisigoths, burgondes, francs, vikings, juifs, arabes et, plus récemment, espagnols, italiens, polonais, arméniens ou portugais. »
Nous trouvons ici un lieu commun de la pensée « immigrationiste » actuelle : la France a toujours été un pays d’immigration, les Français sont tous des immigrés ou des descendants d’immigrés. 
Notons que sur le plan historique, la formule « devenus gallo-romains, les Gaulois… » ressemble à « Nous autres, chevaliers du Moyen Âge ». En réalité, les Gaulois sont devenus sujets de l’Empire romain ; certains sont devenus citoyens romains, voire sénateurs à partir de 56 après J.-C. (discours de Claude sur l’accès des Gaulois au Sénat) ; tous les hommes libres sont citoyens à partir de 212, en Gaule, comme dans le reste de l'Empire.
Quand est-ce que les Gaulois ont « subi un brassage » : un peu dès le IIème siècle, époque où des garnisons romaines en Gaule sont constituées de soldats originaires d’autres provinces (Maurétanie, par exemple) ; puis il y a eu les « invasions barbares », l’installation plus ou moins violente des Germains du IIIème au Vème siècle (avec les Huns au Vème) ; les Germains, notamment les Francs, ont évidemment un rôle majeur dans l'histoire de France (Francia, le pays des Francs).
Ensuite il y aura une courte incursion musulmane (Arabes, Berbères) au VIIIème siècle ; les Vikings aux VIIIème et IXème siècles ; des Hongrois au Xème (Nîmes, Verdun, vers 925). De ces derniers, les seuls qui aient laissé une empreinte sont les Vikings, en « Normandie ».
De 930 à 1830, soit pendant 900 ans, les mouvements d’immigration sont très limités. La nation qui fait la révolution en 1789 est quasi entièrement formée de gens installés depuis une quarantaine de générations au minimum (mise à part une fraction minoritaire des habitants des villes) ! Ces Français de 1789 ont effectivement comme ancêtres, outre des Gaulois (et au-delà, des Ligures, des Basques, des Cromagnon, des Néanderthaliens !) des « romains, wisigoths, burgondes, francs, vikings, juifs, arabes ». Seulement, les juifs exceptés, toutes ces « origines » se sont réellement fondues dans le « creuset », elles ont disparu de la conscience individuelle et collective (même si les Burgondes ont laissé leur nom à la Bourgogne)… A la place, il y a, à partir de 1789, l’idée de la nation, qui étymologiquement est reliée à la naissance, à l’origine, mais qui, de fait, sous la Révolution, met l’accent sur l’adhésion idéologique pour définir ses membres (sont rejetés de la nation les nobles émigrés, tandis que pas mal d’étrangers statutaires sont acceptés).
Il n’y a aucun rapport entre ce premier « brassage de population » et celui des XIXème et XXème siècles. Les immigrants plus récents (« espagnols, italiens, polonais, arméniens ou portugais ») sont dans un rapport différent, parce que pour la plupart, ils sont venus en France en provenance d’autres nations, effectives (Espagnols, Italiens, Portugais) ou virtuelles (Arméniens), fortes ou persécutées. Curieusement, la liste de Joffrin n’inclut pas les immigrants venus d’Afrique du Nord ou subsaharienne.
En l'occurrence, cette différence historique n'implique de mon point de vue aucune différence sur le plan juridique quant à la nationalité française. 

4) Petite historiographie de la Gaule et des Gaulois
« Ce sont les républicains qui ont voulu faire remonter l’origine de la France à l’antiquité gauloise pour faire pièce à la mythologie aristocratique qui voyait dans la noblesse française une héritière de la noblesse franque ; l’idée consistait à donner au peuple des racines plus anciennes que celles des nobles, dont on contestait la primauté. Mais cette idée ressortit de la politique bien plus que de l’histoire. »
Ce petit développement n’est pas tout à fait approprié car le thème des origines franques (ou germaniques) de la noblesse date des XVIIème-XVIIIème siècles et oppose les Francs aux Gallo-romains ; le thème proprement gaulois date du XIXème siècle, il est particulièrement promu sous le Second Empire (fouilles d’Alésia, Musée des Antiquités nationales), mais pas dans une perspective « anti-nobles ».
La validité de l’assertion de Joffrin mérite donc une sérieuse vérification.

A suivre
*Analyse politique 



Création : 23 décembre 2017
Mise à jour :
Révision :
Auteur : Jacques Richard
Blog : Questions d’histoire
Page : QH 25. Joffrin et les Gaulois : Analyse historique (histoire de France)
Lien : http://jrichardterritoires.blogspot.fr/2017/12/joffrin-et-les-gaulois-histoire-de.html







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