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mardi 14 février 2017

QH 8. Stiglitz, les journalistes et l'Allemagne nazie

Quelques remarques sur la politique économique allemande dans les années 1930 et sur une remarque de Joseph Stiglitz


Classement : Allemagne, nazisme, économie, crise des années 30, hyperinflation, Joseph Stiglitz




Référence
Le Nouvel Observateur, 1° novembre 2012 (n° 2504), interview de Joseph Stiglitz par Jean-Gabriel Fredet

Texte
« Fredet. Cette obsession de la rigueur, du redressement des comptes publics est due à l’intransigeance allemande.
Stiglitz. L’Allemagne a oublié les leçons des années 1930 ; quand l’obsession de l’équilibre budgétaire a aggravé la dépression qui a finalement débouché sur la guerre. »
Certes.
Il me semble cependant que, dans son raisonnement (dépression > aggravation de la dépression > guerre), Joseph Stiglitz omet un épisode plutôt crucial : l’arrivée au pouvoir des nazis en 1933. C’est cela que la crise économique a amené directement, la guerre n’est advenue que comme une conséquence éloignée (1939), après que la crise ait été résorbée, et en application de l'idéologie nazie…
Le processus historique est donc plutôt : dépression > austérité > aggravation de la dépression > victoire électorale et politique des nazis > redressement économique > déploiement effectif de l'idéologie nazie > guerre.
Malgré tout, ce que dit Stiglitz n’est pas faux dans l’ensemble.

Un lieu commun médiatique
Alors que parfois on trouve sous la plume de journalistes en mal de lieux communs l’énoncé totalement inepte selon lequel les Allemands sont contre l’inflation parce qu’Hitler a été porté au pouvoir à cause de l’hyperinflation ! Hyperinflation qui date de 1923, liée à des circonstances très particulières (l’occupation de la Ruhr par la France), tandis que la crise (1930-1932) qui a porté Hitler au pouvoir (le 30 janvier 1933) est une crise de chômage massif, et, sur le plan monétaire, une crise de déflation.
Il paraît (mais je n’ai pas la référence) que le mythe « hyperinflation > Hitler au pouvoir » a été cautionné par la Banque fédérale dans les années 1950 pour justifier une politique du mark fort ; c'est difficile à croire.



Transfert : 14 février 2017
Mise à jour : 27 août 2017
Révision : 27 août 2017
Auteur : Jacques Richard
Blog : Questions d’histoire
Page : QH 8. Stiglitz, les journalistes et l'Allemagne nazie
Lien : http://jrichardterritoires.blogspot.fr/2017/02/stiglitz-les-journalistes-et-lallemagne.html








lundi 8 février 2016

58. L'article 116-2 de la constitution de la RFA

Quelques informations sur l’article 116, alinéa 2, de la Constitution de la République fédérale d'Allemagne, concernant les déchéances de nationalité prononcées par le régime nazi


Classement : nationalité ; législation ; Allemagne




Cette page est liée à celles consacrées à la nationalité de Daniel Cohn-Bendit, notamment Daniel Cohn-Bendit apatride 4 La législation allemande et La législation allemande de la nationalité est-elle une législation post-nazie ? (que je maintiens dans le blog, mais qui doit être relue à la lumière d’informations apportées par le livre référencé ci-après : 
*Michael Hepp, Die Ausbürgerung deutscher Staatsangehöriger 1933–45 nach den im Reichsanzeiger veröffentlichten Listen, Munich, Saur, 1985 (3 volumes) [disponible à la BDIC, en PEB])

La constitution allemande de 1949 (RFA)
La constitution de la RFA (disponible en ligne) date du 23 mai 1949.
A l’époque, elle ne s’appliquait que dans la partie Ouest de l’Allemagne, correspondant aux zones d’occupation française, américaine et britannique. 
Depuis 1990, c’est la constitution de l’Allemagne tout entière.

L’article 116, alinéa 2
Il est consacré aux personnes ayant perdu la nationalité allemande du fait du régime nazi.
Le texte allemand
« Frühere deutsche Staatsangehörige, denen zwischen dem 30. Januar 1933 und dem 8. Mai 1945 die Staatsangehörigkeit aus politischen, rassischen oder religiösen Gründen entzogen worden ist, und ihre Abkömmlinge sind auf Antrag wieder einzubürgern. Sie gelten als nicht ausgebürgert, sofern sie nach dem 8. Mai 1945 ihren Wohnsitz in Deutschland genommen haben und nicht einen entgegengesetzten Willen zum Ausdruck gebracht haben. »
Traduction (sous réserves)
« Les ressortissants (Staatsangehörige) antérieurement allemands, auxquels la nationalité (Staatsangehörigkeit) a été retirée entre le 30 janvier 1933 et le 8 mai 1945 pour des raisons politiques, raciales ou religieuses, et leurs descendants doivent  sur [leur] demande être réintégrés dans la nationalité (allemande). Ils sont considérés comme n'ayant pas perdu la nationalité (allemande) dès lors qu'après le 8 mai 1945 ils ont pris domicile en Allemagne et n'ont pas exprimé un avis contraire. »
Analyse
Si on suit l’ouvrage cité plus haut, l’esprit du texte est le suivant :
*les déchus (et leurs descendants) qui sont rentrés ou rentreront en Allemagne sont ou seront réintégrés dans la nationalité allemande à moins de signaler qu’ils ne le souhaitent pas
*les déchus (et leurs descendants) qui restent à l’étranger sont réintégrés dans la nationalité allemande s’ils le demandent
Les circonstances de l’élaboration de cette disposition, ainsi que les modalités de son application seront étudiées dans une page à venir.

A venir
*Les déchéances de nationalité nazies et leurs suites dans l’Allemagne d’après-guerre à travers le livre Die Ausbürgerung deutscherStaatsangehöriger 1933–45 nach den im Reichsanzeiger veröffentlichten Listen

Ajouts
*Un article intéressant dans Libération du 22 février 2017, page 8 : « Le passeport allemand, sésame anti-Brexit des juifs britanniques », qui indique qu'un nombre notable de descendants d'Allemands déchus par les nazis demandent à retrouver la nationalité allemande, notamment suite au Brexit, afin de « rester européens »



Création : 8 février 2016
Mise à jour : 23 février 2017
Révision : 6 septembre 2017
Auteur : Jacques Richard
Blog : Territoires
Page : 58. L'article 116-2 de la constitution de la RFA
Lien : http://jrichardterritoires.blogspot.fr/2016/02/larticle-116-2-de-la-constitution-de-la.html








samedi 12 avril 2014

26. La législation allemande de la nationalité est-elle une législation post-nazie ?

Quelques interrogations à propos de l’article 116,  alinéa 2, de la Constitution allemande de 1949 : cet alinéa entérine-t-il de façon implicite les déchéances de nationalité prononcées par le régime nazi ?


Classement : nationalité ; législation ; Allemagne




Cette page est liée aux pages consacrées à la nationalité de Daniel Cohn-Bendit, notamment la page Daniel Cohn-Bendit apatride 4 La législation allemande.

La Constitution allemande de 1949
La Constitution (Grundgesetz) de la République fédérale d'Allemagne date du 23 mai 1949.
A l’époque, elle ne s’appliquait que dans la partie Ouest de l’Allemagne, correspondant aux zones d’occupation française, américaine et britannique. Depuis 1990, c’est la constitution de l’Allemagne tout entière.
La question de la nationalité allemande est traitée dans l’article 116.

L’article 116 : texte 
Alinéa 1
 «  Deutscher im Sinne dieses Grundgesetzes ist vorbehaltlich anderweitiger gesetzlicher Regelung, wer die deutsche Staatsangehörigkeit besitzt oder als Flüchtling oder Vertriebener deutscher Volkszugehörigkeit oder als dessen Ehegatte oder Abkömmling in dem Gebiete des Deutschen Reiches nach dem Stande vom 31. Dezember 1937 Aufnahme gefunden hat.  »

Alinéa 2
Il est consacré à la question des personnes ayant perdu la nationalité allemande du fait du régime nazi.

Texte allemand
« Frühere deutsche Staatsangehörige, denen zwischen dem 30. Januar 1933 und dem 8. Mai 1945 die Staatsangehörigkeit aus politischen, rassischen oder religiösen Gründen entzogen worden ist, und ihre Abkömmlinge sind auf Antrag wieder einzubürgern. Sie gelten als nicht ausgebürgert, sofern sie nach dem 8. Mai 1945 ihren Wohnsitz in Deutschland genommen haben und nicht einen entgegengesetzten Willen zum Ausdruck gebracht haben. »

Traduction (sous réserves)
« Les ressortissants (Staatsangehörige) antérieurement allemands, auxquels la nationalité (Staatsangehörigkeit) a été retirée entre le 30 janvier 1933 et le 8 mai 1945 pour des raisons politiques, raciales ou religieuses, et leurs descendants doivent être naturalisés sur [leur] demande. Ils sont considérés comme n'ayant pas perdu la nationalité (allemande) dès lors qu'après le 8 mai 1945 ils ont pris domicile en Allemagne et n'ont pas exprimé un avis contraire. »

Commentaire
Le moins qu’on puisse dire est que le libellé de cet alinéa n’est pas clair, en allemand, et encore moins si on doit le traduire en français.
Je commencerai par la seconde phrase : elle signifie que les personnes déchues de la nationalité allemande par le régime nazi qui sont revenues en Allemagne sont considérées comme allemandes dès lors qu’elles ne se signalent pas expressément comme ayant une autre nationalité.
Le problème qui se pose ici est : à quelle période cette clause s’applique-t-elle ?
Il existe deux possibilités :
1) elle est valable à partir du 8 mai 1945 et sans limite dans l’avenir ;
2) elle est valable du 8 mai 1945 au 23 mai 1949. Elle ne s’applique pas à ceux qui rentreront après le 23 mai 1949 (ce qui est le cas d’Erich Cohn-Bendit).
Si on en vient à la première phrase,
1) dans le cadre de la première interprétation ci-dessus indiquée, elle s’appliquerait aux personnes qui voudraient recouvrer la nationalité allemande sans rentrer en Allemagne ;
2) dans le cadre de la seconde interprétation, elle s’appliquerait à tous ceux qui veulent recouvrer la nationalité allemande et qui ne sont pas rentrés entre le 8 mai 1945 et le 23 mai 1949.
Se pose alors le problème de la traduction de « sind auf Antrag wieder einzubürgern » :
Cela peut vouloir dire 
1) que, s'ils en font la demande, ils sont réintégrés sans autre condition ;
2) qu’ils doivent passer par la procédure de naturalisation comme tout autre étranger.

Remarque : problèmes de lexique juridique
En France, en matière de nationalité, on distingue l'« attribution » (du fait de la filiation ou du fait d’être né en France d’un parent lui-même né en France) et l'« acquisition » qui peut être soit « de plein droit  » (naissance en France), soit « par déclaration » (mariage), soit « par décret [individuel] » (naturalisation). Le mot « Einbürgerung » est traduit par « naturalisation », mais il pourrait aussi s'agir d'une acquisition de plein droit, ce qui n'est pas du tout la même chose.

Comment clarifier les choses ?
Je me suis adressé il y a vers la mi-mars (2014) à l’ambassade d’Allemagne en posant la question de la signification précise de cet alinéa 116-2.
Je n’ai pas eu de réponse à ce jour.
Jusqu’à preuve du contraire, il est donc possible que certains Allemands déchus de leur nationalité par le régime nazi aient été soumis à une procédure de naturalisation (comme s’ils étaient étrangers), dès lors qu’ils n’étaient  pas rentrés en Allemagne avant le vote de la Constitution de 1949. 
Cela n'a probablement concerné qu’un petit nombre de gens, mais sur le principe, cela signifierait que cet alinéa relève d’une législation entérinant un état de fait établi par le régime nazi, qu’on aurait donc affaire à une disposition postnazie.
Personnellement,j’étais persuadé que la législation nazie avait été abolie dès le 8 mai 1945, et basta... 
Un approfondissement du sujet semble indiquer que les choses ne se sont pas passées aussi simplement, sur le plan de la légalité, sans parler de l’attitude de la droite allemande dans les années 1950 et 1960.

A venir
*Le cas de Willy Brandt



Création : 12 avril 2014
Mise à jour : 5 février 2016
Révision : 16 septembre 2017
Auteur : Jacques Richard
Blog : Territoires
Page : 26. La législation allemande de la nationalité est-elle une législation post-nazie ?
Lien : http://jrichardterritoires.blogspot.fr/2014/04/26-la-legislation-allemande-est-elle.html








vendredi 14 mars 2014

10. Daniel Cohn-Bendit apatride 4 La législation allemande

Compte tenu de cette législation, les parents de Daniel Cohn-Bendit étaient-ils apatrides en avril 1945 et si c'est le cas, le sont-ils restés ?


Classement : histoire de l'Allemagne ; apatridie




Ceci est la suite des pages consacrées à l’apatridie de Daniel Cohn-Bendit :
*Daniel Cohn-Bendit a-t-il vraiment été apatride ? (première approche à travers des documents médiatiques récents)
*Daniel Cohn Bendit apatride 2 Éléments biographiques (analyse des notices Wikipédia française et allemande qui lui sont consacrées)

Sommaire de la page
La législation allemande sur la nationalité
Les parents de Daniel Cohn-Bendit étaient-ils apatrides en avril 1945 ?
Que se passe-t-il après la fin de la guerre ?
Compléments
1) une analyse de « Maître Eolas »
2) une note note d’information à destination des Allemands déchus de leur nationalité par le régime nazi qui auraient ensuite pris une autre nationalité

Source
Référence (Weil)
*Patrick Weil, Qu’est-ce qu’un Français ?, Grasset, 2002

La législation allemande sur la nationalité
La législation de l'empire et de la République de Weimar
Comme la législation française du Code civil de 1804, elle repose sur la filiation ; en effet, la loi prussienne de 1842 sur la nationalité (Weil, p. 193),  établit un système dans lequel ne sont pris en compte que la filiation et la naturalisation. Ce système est adopté par l’Empire allemand en 1871.
Par la suite, un changement notable est l'adoption de la loi de 1913 concernant les Allemands vivant à l’étranger, notamment les Allemands naturalisés à l’étranger, dont la nationalité allemande peut être maintenue.

La législation du IIIème Reich
La loi du 14 juillet 1933 permet de révoquer les naturalisations intervenues en Allemagne depuis le 9 novembre 1918 (jour de la chute de Guillaume II) et de prononcer des déchéances de nationalité contre les Allemands émigrés ; des mesures spécifiques contre les Juifs émigrés sont prises à partir de 1941 (Weil, p. 204).
Les mesures nazies sont abrogées en bloc après la guerre, officiellement, le 20 septembre 1945 (Loi n° 1 du Conseil de contrôle allié). 
On peut cependant se demander quelle était la validité de ces « lois » dès lors qu’un territoire était libéré (par exemple : le 20 août 1944 à Montauban). J’ai du mal à imaginer qu'un juge français puisse après la Libération tenir compte d'une mesure de déchéance de nationalité prononcée par un régime ennemi (mais sait-on jamais !). En fait, il ne suffit pas qu'un Etat déchoie quelqu'un de sa nationalité pour en faire un apatride : il faut encore que les autres Etats entérinent cette décision. Evidemment, on peut aussi envisager la déchéance de nationalité par un régime détestable comme un titre de gloire ; mais cela n'est valable que si les Etats étrangers considèrent aussi le régime en question comme détestable. Le plus ignoble dans tout cela est la situation où des personnes déchues de leur nationalité sont sanctionnées comme ressortissants du pays qui les a exclus à partir du moment où le pays d'origine et le pays d'accueil sont en guerre (ce qui a dû se produire pour des réfugiés allemands en France en 1939).

Remarque
La législation allemande a changé récemment avec deux lois (1991 et 2000) introduisant le critère territorial comme mode d'acquisition de la nationalité allemande, en plus de la filiation et de la naturalisation.

Les parents de Daniel Cohn-Bendit étaient-ils apatrides en avril 1945 ?
Compte tenu des éléments précédents, si, en se plaçant de façon paradoxale du point de vue du régime nazi encore en place à Berlin, on admet qu’ils étaient apatrides, on admet que Daniel Cohn-Bendit est né de parents apatrides et qu’il est donc lui-même apatride (du point de vue allemand), aussi longtemps que ses parents le restent.
A partir d'une certaine date ou événement, ses parents sont réintégrés dans la nationalité allemande, et leur fils aussi. Il faut donc aborder la question de la durée de l'apatridie de ses parents.

Que se passe-t-il après la fin de la guerre ?
Plusieurs possibilités sont envisageables pour la fin théorique de leur déchéance de nationalité :
*le 8 mai 1945, jour de la capitulation et de la fin de facto du régime nazi
*le 20 septembre 1945, jour de l'abrogation explicite de la législation nazie
*une autre date en fonction d'une législation particulière sur le sujet.
Il faut sans doute différencier deux périodes : 
1) la période antérieure à la création de la RFA
Il n'existe pas de gouvernement allemand ni de représentation allemande à l'étranger. Les questions de nationalités sont alors très théoriques et assez marginales.
Compléments sur ce point à venir.

2) la période suivant la création de la RFA
Dans la Constitution (Grundgesetz) de la République fédérale d'Allemagne (23 mai 1949), un alinéa est consacré à la question des déchus du régime nazi (Article 116, alinéa 2) : 
« Frühere deutsche Staatsangehörige, denen zwischen dem 30. Januar 1933 und dem 8. Mai 1945 die Staatsangehörigkeit aus politischen, rassischen oder religiösen Gründen entzogen worden ist, und ihre Abkömmlinge sind auf Antrag wieder einzubürgern. Sie gelten als nicht ausgebürgert, sofern sie nach dem 8. Mai 1945 ihren Wohnsitz in Deutschland genommen haben und nicht einen entgegengesetzten Willen zum Ausdruck gebracht haben. »
Traduction (sous réserves)
« Les ressortissants (Staatsangehörige) antérieurement allemands, auxquels la nationalité (Staatsangehörigkeit) a été retirée entre le 30 janvier 1933 et le 8 mai 1945 pour des raisons politiques, raciales ou religieuses, et leurs descendants doivent être réintégrés (sind wieder einzubürgern) sur [leur] demandeIls sont considérés comme non déchus (nicht ausgebürgert) dès lors qu'ils ont pris domicile en Allemagne après le 8 mai 1945 et n'ont pas exprimé un avis contraire. »
Commentaire
Selon une interprétation ouverte, cela signifierait que les déchus du nazisme qui sont rentrés ou qui rentreront en Allemagne sont considérés comme non déchus ; ceux qui restent à l'étranger peuvent être rétablis s'ils le demandent.
Cette interprétation reste à vérifier.
Remarque
Il y a des problèmes de lexique juridique. En France, en matière de nationalité, on distingue l'« attribution » (par filiation ou par « double droit du sol ») et l'« acquisition » qui peut être soit « de plein droit  » (naissance en France), soit « par déclaration » (mariage), soit « par décret [individuel] » (naturalisation). Le mot « Einbürgerung » est traduit par « naturalisation », mais il pourrait aussi s'agir d'une acquisition de plein droit, ce qui n'est pas du tout la même chose.
Sur la page suivante, j'étudierai un aspect marginal de la question, évoqué sur la page Daniel Cohn Bendit apatride (2) : éléménts biographiques, le fait que sa naissance n'aurait pas été déclarée à l'état civil.

Compléments
J’ai trouvé deux documents intéressants concernant l’apatridie des Allemands antinazis :
1) Le site de Maître Eolas 
Une page (du 11 juin 2009) est consacrée à la question : Daniel Cohn-Bendit peut-il se présenter à l’élection présidentielle (Français ? Pas français, mon Général) ; la question de l'apatridie est explicitement posée par la Question 9 « Etait il apatride avant ses 14 ans ? »
Réponse :
« C'est une bonne question et certains l'affirment un peu rapidement. Raisonnons, car nous avons peu d'informations fiables à ce sujet :
Il est né en France de parents étrangers qui à la date de sa naissance (4 avril 1945) sont déchus de leur nationalité allemande par les lois raciales nazies. Pour autant, quoique réfugiés en France à Montauban, je n'ai pas trouvé d'information disant qu'ils avaient reçu un passeport Nansen ("passeport des apatrides"). Ils étaient devenus depuis 1936 parents d'un enfant (Gabriel) devenu français. De toute façon à la chute du IIIe Reich, ils pouvaient légalement et légitimement se dire de nationalité allemande.
Donc, de quelques semaines après sa naissance à 1959 où il a acquis officiellement la nationalité allemande, Daniel est potentiellement allemand de naissance par le principe du droit du sang qui fonde la nationalité en Allemagne. Il est aussi né en France donc dans l'état du droit français de la nationalité d'alors avec la possibilité pour ses parents de revendiquer pour lui la nationalité française. En optant pour la nationalité allemande, il se privait de cette possibilité puisqu'à ce moment là l'Allemagne excluait totalement le principe de la double nationalité. »
Remarque : l'apatridie éventuelle des parents ne repose pas forcément sur « les lois raciales », du moins pas sur les lois de 1935 (« lois de Nuremberg ») qui ont privé les Juifs allemands, entre autres, de leurs droits civiques, mais pas de leur nationalité (au regard du droit international) [sous réserve de vérification]

2) Note d'information concernant les Allemands déchus de leur nationalité
Cette note d’information (en français) se trouve sur le site de l'Ambassade d'Allemagne au Canada (elle peut aussi concerner des descendants d'Allemands déchus)  :
« Les anciens citoyens allemands, qui ont perdu leur nationalité allemande sous le régime nazi pour des raisons politiques racistes [raciales] ou religieuses et qui résident à l’étranger peuvent faire une demande de naturalisation. Il en va de même pour leurs enfants, s’ils seraient devenus allemands si leurs parents n’avaient pas perdu leur nationalité allemande.
Privation de la nationalité entre 1933 et 1945
Entre le 30 janvier 1933 et le 8 mai 1945, étaient en vigueur essentiellement deux lois qui ont privé des Allemands de leur nationalité. Selon la Loi sur la révocation des naturalisations et la privation de la nationalité allemande du 14 juillet 1933, certains Allemands ont perdu leur nationalité après la publication de leur nom dans la Gazette législative du Reich (« Reichsgesetzblatt »).
La grande majorité des anciens citoyens allemands, cependant, ont perdu leur nationalité quand le « Onzième décret de la Loi sur la nationalité du Reich » est entré en vigueur le 25 novembre 1941. Selon cette loi, les Juifs vivant hors de l’Allemagne ne pouvaient pas être citoyens allemands et elle affectait principalement les Juifs qui avaient quitté l’Allemagne pendant les quelques années précédant ou suivant immédiatement le début de la Deuxième Guerre mondiale.
Qu’est-ce que cela signifie pour vous?
Si vous avez perdu votre nationalité allemande à cause de l’une de ces deux lois, vous avez le droit d’obtenir une nouvelle naturalisation conformément à la législation allemande. Ceci s’applique dans la plupart des cas à vos descendants.
Si, pendant que vous viviez hors de l’Allemagne, vous avez acquis une nationalité étrangère avant que votre nom ait été publié dans la Gazette juridique du Reich le 25 novembre 1941 ou avant, vous aurez perdu votre nationalité allemande comme tout autre citoyen allemand l’aurait perdue. Cependant, si vous avez émigré de l’Allemagne nazie pour des raisons politiques et que vous avez fait une demande de naturalisation dans votre nouveau pays à la suite de cette situation, vous pourriez être en mesure de retrouver votre nationalité allemande. Dans de tels cas, vos descendants ne seraient pas admissibles à la nationalité allemande. »
Ce n'est pas parfaitement clair, mais il semble s'agir en fait du cas des Allemands déchus de la nationalité par les lois de 1933 ou 1941 qui se sont fait naturaliser à l'étranger : dans certains cas de figure, il est possible de se faire renaturaliser allemand. Je suppose (mais sait-on jamais !) que cela ne s'applique pas à ceux qui sont restés apatrides jusqu'à la fin de la guerre et qui ensuite n'ont pas demandé de naturalisation, ce qui est le cas des parents Cohn-Bendit.

A suivre
*L’acte de naissance de Daniel Cohn-Bendit
*A propos de la déchéance de nationalité d'Erich Cohn-Bendit


Création : 14 mars 2014
Mise à jour : 19 mars 2014
Révision : 21 septembre 2017
Auteur : Jacques Richard
Blog : Territoires
Page : 10. Daniel Cohn-Bendit apatride 4 La législation allemande
Lien : http://jrichardterritoires.blogspot.fr/2014/03/10-daniel-cohn-bendit-apatride-4-la.html